SGI et investisseurs à la BRVM : les chantiers de la confiance

Par la rédaction – Analyse Marché, Gouvernance & Inclusion Financière

Une bourse en croissance, une confiance encore fragile

La BRVM avance. Lentement mais sûrement.
Capitalisation en hausse, entreprises plus rentables, investisseurs institutionnels plus présents : la bourse régionale joue de mieux en mieux son rôle de financement des économies de l’UEMOA.

Mais un paradoxe demeure.
Alors que les fondamentaux progressent, la participation massive des populations reste limitée. Et pour cause : la confiance des investisseurs particuliers, pourtant essentielle à la profondeur du marché, reste fragile.

Au cœur de cette équation se trouvent les Sociétés de Gestion et d’Intermédiation (SGI), interfaces incontournables entre la bourse et les citoyens.

Tarification : quand la complexité devient un obstacle

La question des grilles tarifaires n’est que la partie visible de l’iceberg.

Certes, les frais sont encadrés par l’AMF-UMOA. Certes, des plafonds existent. Mais dans la pratique, le fossé entre la grille officielle et le relevé de compte réel alimente l’incompréhension.

Libellés techniques, frais fractionnés, périodicités peu expliquées, absence de simulation ex ante : pour beaucoup d’investisseurs, le coût réel de l’investissement n’est découvert qu’après coup.

Or, dans un marché en construction, la clarté doit précéder la facturation, et non l’inverse.

Un problème plus large : la valeur ajoutée des SGI

Au-delà des frais, une question revient sans cesse chez les investisseurs :

« Que m’apporte réellement ma SGI, en dehors de l’exécution de mes ordres ? »

Dans de nombreux cas :

  • peu ou pas de notes d’analyse accessibles,
  • peu de suivi de portefeuille,
  • absence d’alertes ou de pédagogie continue,
  • relation client essentiellement administrative.

Résultat : l’investisseur a le sentiment de payer pour un service minimum, alors même que la bourse exige compréhension, accompagnement et discipline.

Digitalisation : un potentiel encore sous-exploité

À l’ère du mobile banking et des fintechs, l’expérience digitale des SGI reste souvent en retrait.

Interfaces peu intuitives, historiques incomplets, absence d’indicateurs de performance nets de frais, difficulté à suivre son rendement réel : le digital n’est pas encore utilisé comme levier de démocratisation.

Pourtant, dans une zone où le smartphone est devenu l’outil financier principal, la bourse ne peut rester cantonnée à des plateformes complexes et peu pédagogiques.

Éducation financière : le maillon faible du système

La BRVM souffre moins d’un déficit d’épargne que d’un déficit de compréhension.

Beaucoup de citoyens :

  • perçoivent la bourse comme élitiste,
  • confondent investissement et spéculation,
  • ignorent les mécanismes de base (dividendes, risques, horizon long).

Dans ce contexte, le rôle des SGI ne peut se limiter à vendre un accès au marché.
L’éducation financière devrait être une mission centrale, intégrée à leur modèle économique et à leur agrément.

Protection de l’investisseur : un enjeu de crédibilité

Un marché mature se juge aussi à sa capacité à gérer les désaccords.

Or, pour de nombreux investisseurs, le parcours de réclamation reste flou :

  • délais longs,
  • réponses peu pédagogiques,
  • sentiment d’asymétrie face à l’institution.

Sans mécanismes de médiation clairs, visibles et accessibles, la confiance ne peut s’installer durablement.

Toutes les SGI ne se valent pas

Il serait injuste de mettre toutes les SGI dans le même panier.
Certaines ont engagé de réels efforts :

  • grilles tarifaires lisibles,
  • communication proactive,
  • formations gratuites,
  • outils digitaux améliorés.

D’autres restent enfermées dans un modèle ancien, centré sur les frais plutôt que sur la relation à long terme avec l’investisseur.

Le rôle clé du régulateur et de l’écosystème

Pour que la BRVM devienne véritablement la bourse des populations de l’UEMOA, plusieurs leviers doivent être actionnés :

  • renforcer le contrôle de la conformité tarifaire,
  • standardiser les libellés et la présentation des frais,
  • exiger un socle minimum de services et de pédagogie,
  • encourager la transparence sur la performance nette,
  • promouvoir une culture de protection de l’investisseur.

La régulation ne doit pas seulement sanctionner, mais orienter le marché vers de meilleures pratiques.

Vers une nouvelle relation SGI–investisseur

L’avenir de la BRVM ne se jouera pas uniquement sur les chiffres de capitalisation ou de liquidité.
Il se jouera sur la qualité de la relation entre les SGI et les investisseurs.

Une relation fondée sur :

  • la clarté,
  • la pédagogie,
  • la confiance,
  • et la création de valeur partagée.

Car dans un marché financier, la confiance est un actif aussi stratégique que le capital.

La BRVM a le potentiel de devenir un formidable outil d’inclusion financière et de création de richesse dans l’UEMOA. Mais cette ambition ne pourra se concrétiser que si les SGI évoluent d’un rôle de simples intermédiaires techniques vers celui de véritables partenaires des investisseurs.

Démocratiser la bourse, ce n’est pas seulement ouvrir des comptes.
C’est donner envie de rester, d’investir et de transmettre la confiance.

Et cette confiance commence… par la façon dont on traite l’investisseur au quotidien.

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