BRVM : Quand les frais des SGI inquiètent les investisseurs

 


BRVM : quand la tarification des SGI devient un frein à la démocratisation boursière

Par la rédaction GEO INVEST – Équipe Analyse Marché & Régulation, article Rédigé le 09/01/2026 à 15 h 03mn. 



Une bourse qui progresse, des investisseurs qui s’interrogent

La Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) s’impose progressivement comme un pilier du financement des économies de l’UEMOA. Capitalisation en progression, résultats solides pour plusieurs sociétés cotées, regain d’intérêt des investisseurs particuliers : les indicateurs globaux sont encourageants.

Pourtant, derrière cette dynamique positive, un malaise persistant s’exprime chez de nombreux investisseurs. En cause : la lisibilité et la cohérence de certains frais prélevés par des Sociétés de Gestion et d’Intermédiation (SGI). Un sujet technique, souvent méconnu du grand public, mais déterminant pour la confiance et l’inclusion financière.

Tarification : un cadre réglementaire pourtant bien établi

Sur le plan réglementaire, les règles sont claires.
Les grilles tarifaires des SGI sont validées par l’Autorité des Marchés Financiers de l’UMOA (AMF-UMOA) et reposent sur trois principes fondamentaux :

  1. Des plafonds de facturation explicitement définis
  2. Une information préalable et transparente du client
  3. Une correspondance claire entre les frais prélevés et les services rendus

En théorie, cet encadrement vise à protéger l’investisseur tout en assurant la viabilité économique des intermédiaires. En pratique, certains relevés de compte soulèvent des interrogations légitimes.

Des frais qui interrogent par leur nature… et leur fréquence

Plusieurs types de prélèvements concentrent aujourd’hui l’attention des investisseurs.

   Frais d’accès à la bourse en ligne

Alors que certaines SGI facturent l’accès à leurs plateformes digitales à hauteur de 1 000 FCFA par trimestre ou par mois, d’autres appliquent des montants supérieurs, prélevés mensuellement, sans que le détail fiscal ou la justification contractuelle ne soient clairement exposés au client.

       Frais de tenue de compte

Présentés dans les grilles tarifaires comme des forfaits trimestriels, ces frais apparaissent parfois à des montants légèrement supérieurs au plafond annoncé, ce qui complique la compréhension pour l’investisseur non averti.

        Commissions de conservation et “droits de garde”

Il s’agit du point le plus sensible.
La réglementation prévoit une commission de conservation plafonnée à 0,5 % HT par an, calculée sur la valeur du portefeuille de titres conservés.

Or, dans la pratique, certains relevés font apparaître des “commissions de droits de garde” prélevées chaque mois, avec les caractéristiques suivantes :

  • une périodicité mensuelle,
  • aucun détail explicite de calcul (base, taux, prorata),
  • une terminologie qui ne figure pas toujours clairement dans la grille tarifaire communiquée au client.

Cette fréquence mensuelle, bien que pouvant résulter d’un calcul proratisé annuel, reste insuffisamment expliquée, alimentant incompréhension et suspicion.

     Commissions de valorisation

Autre source d’interrogation : les commissions de valorisation, observées comme étant prélevées de manière trimestrielle sur certains comptes.

Ces commissions apparaissent :

  • sans description pédagogique claire,
  • sans référence explicite dans certaines grilles tarifaires accessibles aux clients,
  • et sans explication sur la valeur ajoutée concrète associée à ce service.

Pour de nombreux investisseurs, la question est simple : que valorise-t-on exactement, et selon quelle méthodologie ?

Le véritable enjeu : la pédagogie financière

Au fond, le problème n’est pas uniquement le niveau des frais.
Il réside avant tout dans l’absence d’explication claire, accessible et anticipée.

« Un investisseur informé accepte les frais.
Un investisseur surpris perd confiance. »

Dans un marché encore en phase de démocratisation, où l’éducation financière demeure un défi majeur, l’opacité tarifaire devient un frein structurel. Elle décourage les nouveaux entrants, fragilise l’épargne longue et nuit, à terme, à l’image de l’ensemble de l’écosystème boursier régional.

Toutes les SGI ne se ressemblent pas

Il serait réducteur de généraliser.
Certaines SGI se distinguent par :

  • des grilles tarifaires simples et lisibles,
  • des frais modérés et cohérents,
  • une communication régulière,
  • et un réel effort de vulgarisation financière.

D’autres adoptent un positionnement plus onéreux, sans que la contrepartie en matière de conseil, d’analyse ou d’accompagnement personnalisé ne soit toujours perçue par les investisseurs.

Un enjeu stratégique pour la BRVM et le régulateur

La tarification n’est pas un sujet secondaire. Elle impacte directement :

  • la rentabilité nette des portefeuilles,
  • la confiance des ménages,
  • et la capacité de la BRVM à devenir une bourse véritablement inclusive.

Dans ce contexte, le rôle du régulateur apparaît central :

  • renforcer le contrôle de la conformité des pratiques tarifaires,
  • exiger une meilleure lisibilité des frais,
  • encourager une pédagogie active auprès des investisseurs.

Vers un nécessaire rééquilibrage

La BRVM a besoin :

  • d’investisseurs plus nombreux,
  • mieux informés,
  • et durablement confiants.

Cela passe inévitablement par des SGI transparentes, pédagogues et responsables, conscientes que la confiance se construit sur la durée.

Car à long terme, la confiance rapporte toujours plus que les frais à court terme.

La croissance actuelle de la BRVM constitue une opportunité historique pour l’épargne régionale. Mais cette dynamique ne pourra être durable que si la tarification devient un levier d’inclusion financière, et non un obstacle silencieux.

Sur les marchés financiers, l’avenir se joue aussi… dans les lignes de frais.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire