Afrique subsaharienne : une croissance qui résiste, mais sous haute tension budgétaire

Malgré un environnement mondial de plus en plus instable, l’Afrique subsaharienne continue de surprendre par sa capacité de résilience économique. Alors que les tensions géopolitiques, le durcissement des conditions financières internationales et la baisse de l’aide extérieure auraient pu freiner brutalement la dynamique régionale, la croissance tient bon.

4,1 % en 2026, puis 4,4 % attendus en 2027 : ces chiffres traduisent une stabilité remarquable, fruit de réformes économiques engagées depuis plusieurs années dans plusieurs pays clés du continent.

Mais derrière cette performance globale se cache une réalité plus contrastée, faite de divergences, de vulnérabilités… et d’urgences budgétaires.

Une croissance solide, mais inégalement répartie

L’Afrique subsaharienne abrite aujourd’hui certaines des économies les plus dynamiques au monde. Des pays comme la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie, le Rwanda ou l’Ouganda affichent des taux de croissance élevés, soutenus par :

  • des investissements publics et privés,
  • des réformes structurelles,
  • une amélioration progressive du climat des affaires.

 À l’inverse, les pays dépendants des ressources naturelles ou affectés par des conflits peinent à maintenir le même rythme. Dans ces États, la croissance du revenu par habitant dépasse à peine 1 % par an, voire moins dans les pays les plus fragiles.

Résultat : une Afrique à deux vitesses, où la performance macroéconomique ne se traduit pas toujours par une amélioration tangible du niveau de vie.

 Matières premières, dette et financement : un équilibre fragile

Les trajectoires divergentes s’expliquent aussi par l’évolution contrastée des marchés des matières premières :

  •  Baisse des prix du pétrole depuis avril
  •  Hausse marquée du cacao, du café, du cuivre et de l’or

Ces mouvements avantagent certains pays exportateurs… tout en pénalisant d’autres.

Parallèlement, les coûts d’emprunt restent élevés, même s’ils ont légèrement reculé. Des pays comme le Kenya, le Nigeria, l’Angola ou le Congo ont récemment fait leur retour sur les marchés obligataires internationaux, preuve d’un regain de confiance, mais au prix d’une dette toujours plus lourde.

 Un environnement mondial moins favorable

Le contexte international n’aide pas :

  • durcissement des politiques commerciales,
  • hausse des droits de douane vers les États-Unis,
  • expiration de l’AGOA (accès préférentiel au marché américain),
  • chute marquée de l’aide étrangère, frappant de plein fouet les pays les plus pauvres.

 Même si les volumes directement concernés restent limités, les effets indirects — ralentissement de la croissance mondiale, volatilité des prix, raréfaction des financements — pèseront durablement sur la région.

 Le test de résilience : des vulnérabilités qui s’accumulent

Si la croissance tient, les fragilités macroéconomiques s’aggravent :

  •  explosion du coût du service de la dette,
  •  marges budgétaires réduites,
  • 20 pays en situation de surendettement ou à haut risque,
  • dépendance accrue aux financements intérieurs, exposant les banques locales à la dette souveraine.

L’inflation, bien qu’en ralentissement, dépasse encore 10 % dans près d’un pays sur cinq, tandis que les réserves de change restent insuffisantes dans plusieurs économies.

 Deux priorités stratégiques pour sécuriser la croissance

Face à ces défis, deux leviers apparaissent essentiels.

 Augmenter durablement les recettes publiques

La clé n’est plus l’endettement, mais la mobilisation des ressources internes.

Les pays qui progressent le plus (Ghana, Rwanda, Tanzanie) ont misé sur :

  • la numérisation des systèmes fiscaux,
  • des réformes progressives,
  • le soutien aux agents des impôts,
  • l’implication des citoyens.

 Mais une leçon est claire :
Les citoyens paient mieux l’impôt lorsqu’ils voient des services publics efficaces, une lutte crédible contre la corruption et une gestion transparente des finances publiques.

 Mieux gérer la dette pour attirer les investisseurs

Une gestion rigoureuse et transparente de la dette permet :

  • de réduire les coûts d’emprunt,
  • de restaurer la crédibilité financière,
  • d’accéder à des financements innovants.

Des solutions émergent :

  • financement mixte (public + privé),
  • investissements verts et sociaux,
  • conversions de dette en projets de développement, déjà testées avec succès en Côte d’Ivoire.

 Bien encadrés, ces instruments peuvent transformer la dette en levier de croissance inclusive.

  Une croissance à consolider, pas à subir

L’Afrique subsaharienne ne manque ni de potentiel ni de dynamisme.
Elle manque surtout de marges de manœuvre.

La croissance est là.
La résilience est réelle.
Mais sans réformes fiscales crédibles, gestion rigoureuse de la dette et renforcement de la confiance publique, cette dynamique restera fragile.

🌱 La prochaine étape n’est pas de croître plus vite, mais de croître mieux : de façon plus inclusive, plus soutenable et plus souveraine.

Un enjeu crucial pour les États… mais aussi pour les investisseurs, les marchés financiers régionaux et l’avenir économique du continent.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire